Article 27 Claude Ventura
Claude Ventura: “Si mes copains me voyaient!”
L’autel des artistes de Paname a rencontré le 3 avril 2026 le documentariste et photographe Claude Ventura, à l’occasion de la sortie de ses Carnets photographiques aux éditions Allary. Entretien avec une mémoire de la télévision en France, issu de la génération rock et adepte du cinéma américain, de Pop 2 à Cinéma Cinémas…
Chez Claude Ventura, dans le quartier de Pigalle, on entend la radio qui tourne en permanence. Son appartement est couvert de photos en noir et blanc prise par d’autres photographes comme Chet Baker par Jean-Pierre Leloir. Quelques exceptions ornent l’endroit: un instantané de Serge Gainsbourg en noir et blanc et de Martin Scorsese à New York en 1985, une photo intitulée “Pray it works”, prise sur le Pasadena Highway en Californie, en 1982, une photo dédicacée de Sonny Rollins, à qui il a consacré un film Sonny Rollins, la leçon de musique, en 1981… https://programme-tv.nouvelobs.com/documentaire/sonny-rollins-la-lecon-de-musique-1257868/
Dans le décor parisien de Claude Ventura, on avise des appareils argentiques en vrac, des disques, des livres de Série Noire, la mythique collection littéraire de Marcel Duhamel pour Gallimard… Autant de morceaux choisis d’une époque révolue.
Le projet de livre Carnets photographiques, germe avec la participation de Claude Ventura à l’émission d’Antoine Guillot À voix nue, sur France Culture, en juin 2022.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/a-voix-nue/meme-hitler-m-a-pas-fait-ca-1454532
“J’y disais que j’avais une grande quantité de photos qui s’accumulait.” nous raconte t-il“J’aime bien les objets. Depuis 1965, j’ai dû accumuler 35000 négatifs. Je n’ai jamais eu envie d’en faire quelque chose avant cette émission.” La fille de Claude Ventura, Avril a beaucoup oeuvré, avec les éditions Allary, pour sortir du placard certains de ces trésors enfouis réunis dans l’ouvrage: de Liverpool en 1974, Hollywood en 1987 ou Pigalle en 2021.
Le jour de notre interview le 3 avril 2026, Claude Ventura, vêtu d’une casquette de titi parisien, fume abondamment (trop) avec une pose de dandy. Il sait que ça lui fait du mal mais tient à cultiver son image de dilettante. Le magnétophone de l’Autel des artistes de Paname est prêt à tourner.
Flash-back. Claude Ventura se remémore que le journal préféré de son père, c’était LesLettres françaises, hebdomadaire communiste, dont l’écrivain Louis Aragon fut l’un des directeurs et que le paternel achetait tous les jeudis.
“Je me souviens avoir été marqué par l’intitulé: “fondateur Jacques Decour (1910-1942), fusillé par les nazis.” raconte t-il au micro de L’Autel des artistes de Paname. https://editionshelvetius.com/llf/
Le père de Claude Ventura, évoqué dans la préface des Carnets photographiques signée par Ruth Zylberman-elle-même autrice du remarquable documentaire Les enfants du 209 rue Saint-Maur (2017)-était un militant communiste.
https://www.youtube.com/watch?v=7rPXRZcoQAw
Le père de Claude Ventura a même créé les Jeunesses communistes de Salonique, en Grèce, avant, comme beaucoup, de s’en détacher du Parti par désaccord politique avec la “ligne”. Pendant notre interview, Claude Ventura ne s’attarde pas sur son passé familial grec douloureux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, toute sa famille juive de Salonique, où il n’a jamais mis les pieds, a été déportée à Auschwitz-Birkenau. Selon les sources, près de 98% de la population juive de la ville a été décimée pendant la Shoah, soit environ cinquante-huit mille personnes.
https://www.memorialdelashoah.org/traces-juifs-de-salonique.html
Les futurs parents de Claude s’installent à Paris en 1934. Ce dernier y naît le 4 juillet 1938. “Mon père était correspondant à Paris d’un journal grec Le progrès de Salonique. Pendant ce temps, ma mère pour s’occuper, a pris une petite boutique Au petit soldeur, rue du Faubourg Saint-Antoine, qui vendait des bas et bonneterie.” En 1941, une rafle visant les juifs étrangers est planifiée. Heureusement, ses parents sont prévenus par un policier français. Claude a à peine quatre ans à l’époque:” La rue du Faubourg Saint-Antoine se partage entre le XIème arrondissement, en allant vers la Bastille et le XIIème où se trouvait l’échoppe de ma mère. Quand il y a eu la rafle, dans le XIème, on a été dormir dans la boutique.”
Du grand au petit écran
Au-delà de ce démarrage brutal dans la vie, le quartier de la Bastille va nourrir la cinéphilie de Claude dès le plus jeune âge: “Comme Eddy Mitchell, à qui j’ai consacré un documentaire en 1998, j’ai grandi avec les cinémas de quartier. Il y en avait plein sur le Faubourg Saint-Antoine, le Lux Bastille au bout, le Cinéphone, 100 rue du Faubourg Saint-Antoine.... Tous les dimanche, je voyais deux films dans l’après-midi avec mon père. On allait au bois de Vincennes. On s’arrêtait pour regarder les photos affichées à l’extérieur des cinémas. Il y avait un résumé de l’action, ce qui est aberrant quand j’y repense. C’était écrit: “À la fin on découvre que le pharmacien était l’assassin.” C’était sans doute l’ancêtre de l’expression spoiler alert, à la mode aujourd’hui!
La jeunesse de Claude Ventura est sans histoires dans le Saint-Germain-des-Près du début des années 1960: “ J’ai eu péniblement mes deux Bacs, parce qu’à l’époque il y en avait deux. Je zonais à Saint-Germain. Je croisais des étudiants aux Beaux-Arts spécialisés en architecture, des apprentis comédiens qui fréquentaient les cours du théâtre du Vieux Colombier par Raymond Gérôme. Je me suis inscrit aux Beaux-Arts mais je glandais. J’étais dilettante, d’où mon sentiment d’imposture quand j’ai eu un petit succès.”
En même temps, Claude est guitariste dans un trio de jazz à la “Mouffe”, place de la Contrescarpe. “J’étais très fier d’avoir un ampli. Je frimais, je venais tous les soirs au club avec ma guitare et mon ampli. J’étais très fan de Charlie Christian. La musique n’a rien perdu quand j’ai arrêté! “ Difficile de savoir en l’absence de preuve discographique si Claude Ventura n’est pas trop dur envers lui-même!
Au hasard des rencontres, Claude devient à la même période assistant sur un programme de télévision scolaire. Mais la bonne “occase” vient grâce à une amie comédienne Clotilde Joano, actrice entre autres sur le film Les bonnes femmes (1960) de Claude Chabrol. Elle lui présente le réalisateur de télévision Marcel Bluwal: “J’ai été son premier assistant pendant quatre ans, notamment Dom Juan ou le festin de Pierre (1965), avec Michel Piccoli et Claude Brasseur. Ensuite, je suis devenu réalisateur et je me suis intéressé au documentaire, avec une touche de fiction dedans.” https://www.youtube.com/watch?v=4t5lAmMSVCs
C’est à partir de là que Claude va développer son goût pour la photographie: “ Quand j’ai travaillé pour la télévision, les effectifs étaient lourds, une douzaine de personnes. Il y avait même une scripte. J’ai toujours envié le photographe silencieux avec son Leica qui prenait des clichés. Par la suite, sur tous mes tournages je venais avec un ou deux Leica dans ma musette, l’un en noir et blanc et l’autre en couleur. J’ai pris l’habitude de photographier les gens que je filmais.” Ainsi Claude se retrouve à “mitrailler” le mouvement de Mai 68 à la télévision, dont certains fragments sont dans son livre Carnets photographiques: “J’ai suivi les comités de grève, les manifestations. On dit toujours qu’à l’époque de l’ORTF la télévision était sous surveillance, mais c’était surtout le journal télévisé. Il ne faut pas oublier que les réalisateurs de documentaires et de fictions étaient majoritairement des militants communistes: Paul Seban, Jacques Krier, Maurice Failevic, Marcel Bluwal, Raoul Sangla, Marcel Trillat, qui était un grand ami et quelqu’un de bien…” Claude Ventura est sympathisant du Parti communiste mais il n’a jamais adhéré lui-même.
https://www.youtube.com/watch?v=JFFEdbPIXi8
La secousse du rock
Quelques mois après mai 1968, entre septembre 1968 et mars 1970, Claude est à bord de l’émission Tous en scène sur la Deuxième chaîne de l’ORTF. Plusieurs photos en attestent dans Carnets photographiques. Serge Gainsbourg, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc sont “les pensionnaires” attitrés de Tous en scène.
“ En 1969, mon copain Robert Bober faisait une émission avec Gainsbourg et Birkin.” raconte Claude Ventura. “J’étais assez frimeur, j’avais une vieille Mercedes 170 S décapotable qu’il a utilisée pour son tournage. J’ai passé la journée à aller d’un lieu de tournage à un autre. Jane avait son petit panier que j’ai filmé.” Des années plus tard, en 1986, Claude Ventura filme Gainsbourg devenu “Gainsbarre” au Casino de Paris. Mais c’est presque une autre histoire…
Autre aventure liée à son amour de la musique Pop 2, émission présentée par Patrice Blanc-Francard, entre 1970 à 1974, sur laquelle Claude Ventura est producteur et réalisateur: “Au début j’étais très porté sur le jazz et puis il y a eu la secousse du rock.” évoque Claude Ventura. “Pop 2 m’a permis de faire venir tous les groupes. Au début ce n’était pas terrible parce qu’on était à la Taverne de l’Olympia. Les plafonds étaient trop bas, on ne pouvait pas filmer. Un jour on s’est fait virer et on a pu tourner au Bataclan. On avait deux caméras 16 millimètres sur scène qui nous permettaient d’être vraiment immergés dans le live, avec Roxy Music, Taj Mahal, Johnny Winter…”
https://www.youtube.com/watch?v=W-sB2wkkfos
Claude Ventura filme aussi le Velvet underground avec Lou Reed, John Cale et la chanteuse Nico: “J’étais tellement sous tension, c’était mon groupe préféré, que je n’ai pas pris de photos. Je le regrette mais je les ai filmés ce qui est déjà pas mal.” Il se retrouve aussi accrédité “à l’arrache” sur le célèbre festival de l’île de Wight en août 1970: “Les gens me disent: “Quelle vie tu as eue!” Je ne sais pas, ça c’est fait comme ça!” Un an plus tard, le festival d’Auvers-sur-Oise enlisé dans la gadoue est rapatrié in extremis au château d’Hérouville.Claude y filme le groupe Grateful Dead. Son Leica n’est jamais loin. Le “Dead” n’est pas son groupe préféré mais qu’importe! “J’ai aussi aimé photographier Tom Waits pour l’émission Chorus en 1979.”
L’Amérique je veux la voir
En septembre 1969, Claude Ventura réalise son rêve américain en allant à New York. “Je me suis retrouvé à St Mark’s place à New York Patti Smith raconte qu’elle y a fait ses débuts. En mars 1974, toujours à New York, il prend en photo un petit hôtel meublé The Regina rooms. “Un an et demi plus tard, on a vu Jodie Foster en sortir dans le film Taxi driver. Je n’ai pas fait exprès d’être au bon endroit au bon moment. Scorsese a aimé cet endroit. J’ai vérifié pour ne pas avoir l’air de me la raconter. Il a tourné son film après moi, en juillet-août 1975.”
Claude Ventura a aussi réalisé cinq films sur des photographes dont l’un sur l’Américain Ben Shahn en 1978.” J’adorais ses photos sur la Farm security administration pendant la Dépression aux États-Unis, celles de Dorothea Lange, de Walker Evans… Ben Shahn est mort en 1969. En 1978, donc, j’ai fait un road movie aux États-Unis avec des copains Don Kent, Daniel Edinger et Cyril Lefebvre, à bord d’une vieille Ford V8, pour mettre en situation ses photos.” L’une de ces photos “prétexte” “Water no beer”, présente dans Carnets photographiques, renvoie à une Amérique de la marge et des grands espaces a des réminiscences du film Down by law de Jim Jarmusch: ” Mon Amérique c’est celle du film La dernière séance de Peter Bogdanovich, les vieux pick-ups, avec Hank Williams qui chante. Ce qui est bien avec l’Amérique c’est qu’on peut retrouver tous les clichés qu’on a dans la tête. En 1994, j'ai fait un film sur ce chanteur de country, Hank Williams, vie et mort d’un Cadillac cow-boy et je me suis retrouvé au fin fond de l’Alabama. J’avais l’impression d’être sur une pochette de disque de blues ou de country!”
https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/23817_0
Cinéma Cinémas
Pour Claude Ventura, les années 1980 seront celles de Cinéma Cinémas, émission culte initiée par le journaliste et critique Michel Boujut, porté par toute une équipe talentueuse: la réalisatrice et productrice Anne Andreu, la monteuse Lise Beaulieu, les journalistes Philippe Garnier et André S. Labarthe. Claude Ventura a recruté ces deux derniers et est devenu ami avec Labarthe à la faveur d’une série de 52 minutes de Pascale Breugnot, “Paris pour mémoires” L’un des premiers sujets de Claude pour Cinéma Cinémas est une interview du chanteur et acteur américain vivant en Europe, Eddie Constantine. On le voit vêtu de son trench-coat, à l’aéroport d’Orly: “Je lui ai griffonné un petit texte parodique à dire: “Ils sont après moi, ils veulent absolument me filmer!”
En 1982, Claude Ventura et Michel Boujut filment aussi le grand cinéaste Orson Welles lors d’une invitation au restaurant du Syndicat français de la critique de cinéma: “Il y avait un interprète qui traduisait, donc il y avait de grandes plages de silence. Lise Beaulieu a eu l’idée d’enlever la partie de l’interprète, de garder les silences, de sous-titrer. Cela donne un poids absolument génial à chaque propos de Welles!” https://www.youtube.com/watch?v=mKgGNotx0Rc
Cinéma Cinémas casse les codes et permet de montrer des situations insolites, rarement vues en télévision: “Si le personnage raccroche son téléphone, on se demande à qui il parle. S’il est allongé sur son lit: pourquoi a-t-il gardé son manteau?” En 1990 Claude filme Robert de Niro à l’hôtel Crillon à Paris: “L’interview n’était pas très intéressante, c’était sans doute de notre faute. De Niro passait son temps à regarder par terre. J’ai fait une mise en scène au montage, comme s’il regardait un chien par terre. J’ai filmé mes jambes qui étaient les siennes. J’ai mis le même pantalon de toile que lui. J’avais loué un chien pour l’occasion. On a appelé ça “Une après-midi de chien” en référence au film de Sidney Lumet avec Al Pacino.”
Avec son copain Philippe Garnier, journaliste à Libération, Claude Ventura va aussi voir le réalisateur John Cassavetes à New York:” Il nous a reçus parce qu’il était copain avec André S. Labarthe.” Pendant l’interview de Cassavetes, une dame en peignoir interrompt l’entretien de manière incongrue en s’exclamant: “Décroche, c’est la troisième fois qu’Orson t’appelle!”
Une fois n’est pas coutume Claude Ventura se dit ce jour-là: “Si mes copains me voyaient, ils ne me croiraient pas!” Dommage que Claude n’ait pas osé prendre en photo Cassavetes ce jour-là…
Un clin d’oeil de cinéphile
De fait, Cinéma Cinémas est aussi une émission de cinéphile. “Beaucoup de grands cinéastes qu’on a interviewés n’étaient plus en activité comme André de Toth ou Edward Dmytrick. https://www.youtube.com/watch?v=LZQTfgnascs
Ils vivaient dans la solitude. J’ai été frappé par ça. Alors qu’on ne peut pas être plus entouré qu’un metteur en scène à Hollywood. J’ai lu beaucoup d’autobiographies de ces grands. Dans le dernier chapitre de leurs mémoires, ils évoquent souvent des conférences dans des universités ou leurs conseils à des jeunes réalisateurs de court-métrages. Mais ils se mentent à eux-mêmes. A la fin de leur vie, ils sont esseulés et sont tous contents que des petits “frenchies” viennent les filmer. On nous a même pris pour des journalistes des Cahiers du cinéma.” Pour épater ses copains, Claude prend des photos de tous les claps de tournage. Par exemple: “5/5/1982 Frank Capra, director: Ventura” https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpb91011533/frank-capra-mai-1982
L’une des idoles de Claude Ventura est l’acteur de Quand la ville dort Sterling Hayden. Le rencontrer en août 1982 a été toute une aventure: “Il habitait Sausalito, un petit port près de San Francisco, en Californie. Je ne sais plus comment on a réussi à le joindre” Avec Philippe Garnier, Claude se tape toute la route de Los Angeles: “Il nous a donné rendez-vous le lendemain matin dans un bistrot. Il habitait seul dans une cabane de pêcheur. Il nous a reçus en espadrilles.” https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i19060981/sterling-hayden-a-propos-de-stanley-kubrick
Deux émissions de Cinéma Cinémas en ressortent, l’une sur le cinéma et l’autre consacrée à son sentiment de culpabilité d’avoir donné ses copains pendant la chasse aux sorcières à Hollywood dans les années 1950. “J’adore dans Carnets photographiques la photo sur laquelle il pose avec la Volkswagen Karmann Ghia qui appartient à sa fille.”
L’histoire ne s’arrête pas là. Deux ans plus tard à Paris, le téléphone sonne, c’est Sterling: “J’ai prévenu mes copains cinéphiles. On était sept ou huit à l’attendre chez moi. Je lui ai demandé ce qu’il voulait pour dîner. Il m’a dit: “J’ai un cancer. Je ne mange que de la vitamine C. Par contre, je veux bien du shit.” Pour la petite histoire, c’est Antenne 2, l’ancêtre de France 2 qui a financé cet achat illicite, il y a prescription…
Claude Ventura n’a malheureusement pas eu la chance de filmer Sterling Hayden sur son yacht le Wanderer: “ Il y a une archive de Sterling Hayden sur sa péniche à Paris en train d’astiquer un pont. Le réalisateur Pierre-André Boutang lui posait des questions et il répondait en continuant d’astiquer ses cuivres. J’adore ce type d’interview où les gens sont en action, où ils ne sont pas statiques. Mosco Boucault, en 1985, a fait un documentaire Des terroristes à la retraite où l’on voit d’anciens résistants de la Seconde Guerre mondiale. On voit un fourreur juif coudre sur sa machine et raconter comment il a descendu untel.” En 1985, le tandem Ventura-Garnier se fait aussi plaisir avec Elisha Cook Jr, un acteur de second rôle qu’on voit notamment dans Le faucon maltais de John Huston: “On a retrouvé le gars qui a reçu le plus de gifles dans tous les films des années 1940!”
https://www.youtube.com/watch?v=pESRAuJ-nSI
La même année Ventura et Garnier filment l’ex actrice et pin-up Jane Russell. “De la même façon, Sue Lyon, qui joue le rôle de Lolita dans le film de Stanley Kubrick, avait disparu de la circulation. On a passé une annonce dans le magazine Variety: “French TV is looking for Sue Lyon.” Croyez-le ou non, Sue les a appelés en juillet 1987.
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i19060980/sue-lyon-souvenirs-de-stanley-kubrick-et-lolita
Le duo Ventura-Garnier se lance d’autres défis pointus comme de retrouver Laura Elliott, l’actrice qui joue Miriam Haines, la femme aux lunettes qui se fait étrangler dans L’inconnu du Nord Express (1951) d’Alfred Hitchcock.
https://www.youtube.com/watch?v=f_36zdk-KkQ
“C’est une image de cinéma qui m’était restée en tête, ce reflet dans les lunettes quand elle se fait étrangler près de cette grande roue à Los Angeles. Elle n’était plus du tout dans le métier. J’aimais aussi beaucoup l’actrice Mary Windsor à cause d’un autre film.” L’odyssée Cinéma Cinémas a été d’une rare liberté à la télévision. “Les attachés de presse ne nous aimaient pas beaucoup à cause de ça.” Claude Ventura s’est même payé le luxe de refuser de diffuser une interview de Sergio Leone qu’il ne trouvait pas exploitable. L’émission s’arrête brutalement en 1991. Restent les archives sur l’INA et les clichés légendaires de Claude Ventura.
https://www.youtube.com/watch?v=ag-TOfOExuE
Aujourd’hui âgé de 87 ans, Claude Ventura continue de dégainer son appareil en loucedé à Pigalle: “Quand je fais mes courses, je prends mon Leica sous ma veste. Je n’ai pas besoin d’une sacoche photographique. C’est ce que j’aime avec le Leica. Je croise les gens dans la rue. Si une gueule m'attire, je déclenche mon objectif. J’aime bien aussi le métro. Je suis toujours étonné, ce n’est pas de ma coquetterie, de l’engouement autour de mes photos. Le 25 mars 2026, au vernissage de sa première exposition à la galerie Cinéma à Paris Claude Ventura, débordé par le succès signé quatre vingt livres. “Je n’ai pas pu bouger. Il y avait Jacques Audiard, Mathieu Amalric, Irène Jacob…. Je suis content que ce livre existe.” Lucide, il ajoute: “Cela ne m’empêche pas d’être seul avec mon petit chien!” Derrière sa modestie et ses airs de dilettantes, Claude Ventura est un grand. Soyons nombreux à le lui exprimer!
Julien Le Gros
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